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Robert Louis Stevenson " Voyage en Cévennes "

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dimanche 27 mars 2016

Le manoir hanté de la Pré Fantasti " Caromb " Vaucluse







Ci-dessous diaporama Manoir de la Pré Fantasi ( 41 clichés )

La Pré tet les frères Barberini 

Le terme Pré-fantasti est une déformation du provençal : Espirit fantasti " Esprit fantastique " 

Le texte suivant est extrait de ce site : ICI 
        Qui sont ces deux personnages importants, ex-cardinaux qui viennent de s'installer à Caromb, en 1647, et qui alimentent les discussions de nos villageois ? Les frères Antoine et François Barberini, exilés par le pape Innocent X, ont trouvé refuge dans une maison au nord de la commune, sur les premiers contreforts du Paty, pas très loin du village. Inquiétude, curiosité, méfiance et doute, créent une légende qui  perdure sur cette maison appelée aujourd'hui «Pré-Fantasti». Ils n'y restent pas très longtemps, mais suffisamment pour marquer à jamais les esprits des Carombais.
        Avant de raconter la légende, voyons l'histoire réelle de ces personnages.
        La famille Barberini est originaire de Florence et elle commence à être vraiment importante lorsque Mattéo Barberini (1568-1644) est élu pape, à Rome, le 6 août 1623, sous le nom d'Urbain VIII [112].
        Commençons donc par l’histoire de ce pape.
        Son père meurt alors qu'il est âgé de trois ans et sa mère Camille Barbadoro s'installe à Rome auprès de son oncle François Barberini, qui occupe déjà un poste important au Vatican. Le futur pape fait ses études à Rome, puis à Pise où il obtient un titre de docteur en droit. Il embrasse alors une carrière ecclésiastique, occupe des postes de plus en plus importants dans la hiérarchie ecclésiastique, jusqu'à être élu légat du pape en France, en 1601. Il présente les félicitations du pape au roi Henri IV lors de la naissance de son fils le dauphin, futur Louis XIII.
        A la mort de Grégoire XV, en 1623, un conclave de 55 évêques se réunit et 50 d'entre eux se mettent d'accord sur son nom, le 6 août. Son couronnement a lieu le 29 septembre et, trois jours plus tard, il nomme son neveu François Barberini cardinal, puis bibliothécaire du Vatican (1627). François a à peine 30 ans. Le pape favorise sa famille en lui distribuant les postes importants de l'Eglise.
        La "Biblioteca Barberina" fondée en 1632 par François Barberini possède de nombreux manuscrits de ce XVIIe siècle Elle fait partie de l'actuelle Bibliothéque Apostolique du Vatican et contient plus de 10.000 actes en latin. Les correspondances et manuscrits concernent les activités du pape Urbain VIII et sont divisée par langues : latin, italien et français.
        Nous retrouvons, dans la correspondance de M. Peyresc de Carpentras (fonds Peiresc, Bibliothèque Inguimbertine) des traces de relation entre Carpentras et le vice-légat François au sujet de livres rares et de manuscrits sûrement pour acquisition pour cette bibliothèque.
François y regroupe une grande quantité de livres et aussi de nombreuses peintures. Il s'occupe des questions orientales, traduit Marc-Aurèle et participe aux discussions entre les grands, principalement entre la France et l'Espagne. Il a pour secrétaire un anglais, Georges Conn, qui obtient des libertés pour les catholiques face à l'Eglise anglicane [113].
        Il est nommé vice-chancelier de l'Eglise en 1632, et commandant en chef des troupes papales, après avoir été légat d'Avignon de 1623 à 1631.
Antoine est le plus jeune des neveux du pape. Il devient lui aussi cardinal en 1627.
        Ce sont ces deux frères, François et Antoine, que l'on retrouvera à Caromb, en 1647. Le troisième frère, Taddée est fait Prince de Palestine, préfet de Rome et il s'occupe des armées pontificales.
        Toute la famille Barberini bénéficie des largesses du pape, en particulier ses frères et ses neveux, et accumule les richesses, au point que le pape, pris de scrupules, demande à un comité de vérifier la légitimité de leur richesse. Le comité se prononce en leur faveur et les frères gardent leurs biens. Pendant les dix premières années de son pontificat, Urbain VIII est peu influencé par ses neveux dans ses décisions apostoliques, mais ceux-ci deviennent très riches.
        Cette  famille fait édifier un immense palais, à Rome, par Gian Lorenzo Bernini. Un palais-villa, mi-sacré, mi-profane construit par Taddée Barberini, qui joue, avec son épouse Anna Colonna, un rôle de premier plan sous le pontificat de son oncle. Ce bâtiment, est divisé en deux ailes : le secteur nord du palais est habité par Taddée et son épouse, le secteur sud est occupé par les ecclésiastiques (les cardinaux Barberini) et en particulier par le cardinal François, qui y fait aménager sa célèbre bibliothèque au dernier étage. L’ensemble de l’édifice témoigne donc de l’histoire et des usages de cette famille papale, qui marque profondément la culture romaine du XVIIe siècle, en faisant de Rome le centre politique et culturel de l’Europe [115].
        Les Barberini apportent leur contribution à la culture italienne de l'époque. Outre la Bibliothèque de François, ils soutiennent les chants sacrés et en particuliers les castrats qui deviennent les soprani des chapelles pontificales dès 1622. Loreto Vittori, l'un de ces fameux castrats, est admis au palais Barberini en 1642.
        Ils soutiennent aussi la création de nombreux opéras. Le cardinal Mazarin, avant de devenir Premier ministre de Louis XIII, est à Rome et collabore avec Antoine Barberini pour la préparation du célèbre drame sacré de Landi II Sant'Alesio. Avec quelques autres grandes familles romaines, ils créent un véritable mécénat pour le rayonnement de Rome. Antoine Barberini est l'ami de Léonora Baroni, une chanteuse de musique sacrée célèbre sous Mazarin, en France (1644), après l'avoir été en Italie [114].
        François est nommé légat d'Avignon de 1623 à 1633, puis son frère Antoine occupe ce poste de 1633 à la mort du pape en 1644.
        La famille Barberini est liée à Galilée (1564-1642). Dès mars 1611, celui-ci entre en relation avec le cardinal Mattéo Barberini. Ses travaux sur l'astronomie gênent l'Eglise et les dominicains l'attaquent et dénoncent ses opinions "erronées" concernant le mouvement de la Terre. Galilée doit se défendre contre les calomnies pour éviter une condamnation de ses théories. Peu après l'accession à la papauté, notre pape Barberini lui accorde une audience et lui conseille la prudence. Six ans plus tard (1630), il lui accorde une sixième et dernière entrevue, avant de rompre avec lui. Mais il est trop tard pour arrêter la machine de l'Eglise et en octobre 1632, Galilée reçoit l'ordre de comparaître devant le commissaire général du Saint Office à Rome. L'année suivante, Galilée, sur les injonctions du pape doit passer devant un tribunal de théologiens, et malgré les tentatives de conciliations, les menaces de torture, il est condamné à l'emprisonnement. Il prononce une formule d'abjuration, évite la prison, mais reste fâché avec le pape [ 116].
        Le pape utilise son neveu François pour régler les affaires importantes : il l'envoie en France et en Espagne, accompagné de Gianbattista Ponfili, le futur pape Innocent X [113]. En 1625, il l'envoie à Paris rencontrer Richelieu, avec le titre de Légat à latere, c'est à dire comme son représentant avec les mêmes droits que lui, pour régler l'affaire d'un petit territoire des Grisons dans les Alpes, la Valteline, source de conflit entre la France et l'Espagne (qui possède alors Milan).
        Un compte rendu détaillé de cette visite nous montre le caractère du légat : il ne veut pas admettre la présence des prélats français "en rochet et camai", « parce que ce costume est marque de juridiction», et qu'il prétend qu'en sa personne toute juridiction ecclésiastique doit céder devant celle du pape qu'il représente. Le roi lui-même doit disputer son rang à ce terrible légat qui veut que ce prince vienne au devant de lui, «ce que possible le roi ne désire faire». Une indisposition fort à propos le dispense de trancher cette question [109].
        Nous possédons, de cette visite, une médaille en argent qui représente François Barberini. Cette médaille est conservée au cabinet des médailles de la Bibliothèque Nationale. D'un très beau travail, elle nous a conservé les traits du jeune légat, avec une légende en latin dont voici la traduction : "François Barberini, Florentin, cardinal de la Sainte Eglise romaine, légat à latere en France" [109].
        Avec quelques extraits représentatifs de l'ambiance de l'époque, remarquons l'étiquette et le formalisme liés à cette visite solennelle, les usages de l'époque et la puissance du pape sur les peuples et les souverains [109].
«Le 21 mai 1625, après de longs débats sur des questions de préséance, le légat entre à Paris, accueilli formellement par la ville : d'abord les 300 archets de la ville, à cheval avec leurs hoquetons de gala, puis les deux maîtres des œuvres de maçonnerie et charpenterie, les dix sergents de la ville à cheval,  le greffier, le prévôt des marchands, les échevins, le procureur du roi, le receveur de la ville, les conseillers, les seize quarteniers, les maîtres et gardes des marchandises et enfin les bourgeois mandés, tous vêtus de leurs meilleurs habits, à cheval et en housse… Après révérences, discours et réponses, une procession est organisée,…. Le légat, vêtu à la cardinale, était monté sur une belle mule blanche, dont la selle, la housse et tout le harnachement étaient d'écarlate, les ferrements dorés d'or de ducat (or fin), et les bossettes et mors d'argent» [109].
         La suite du compte rendu devient plus cocasse : pressé par la foule, «le légat est mis bas de sa mule, volé, bousculé, et, pensant être perdu, court à pied jusqu'à Notre-Dame se réfugier dans le chœur, fort effrayé devant la multitude » [109].
Pas si courageux que cela notre légat !
        Vers la fin du pontificat d'Urbain, ses neveux prennent de l'importance et le poussent à entreprendre une guerre contre le duc de Parme, un Farnèse, suite à un conflit de préséance, d'étiquette, lors de sa venue à Rome, en 1639. Le conflit dure jusqu'en 1644, avec mesures douanières contre le duché, envoi des troupes pontificales, mais les Barberini, qui veulent enlever aux Farnèse les seigneuries de Castro et de Ronciglione, ne parviennent pas à conquérir le moindre arpent de terre et finalement, le pape est obligé de signer la paix [109].  Les neveux créent aussi des difficultés avec la Toscane, Modène et Venise.
        A la mort du pontife, le 29 juillet 1644, un conclave difficile élit le pape Innocent X. Les Français, Mazarin en tête, ne veulent pas d'un pape favorable à l'Espagne, mais l'élu arrive à concilier les positions opposées, malgré sa sympathie reconnue envers l'Espagne. Mazarin le connaît depuis longtemps et a donné son accord.
        Les frères Barberini ont combattu la candidature de ce cardinal Pampelini qui ne leur est pas favorable, mais c'est lui qui est élu, et cela marque un tournant important dans leurs vies.
     A peine installé, le nouveau pape prend des mesures contre eux, accusés de s'être accaparés des biens ecclésiastiques ou publics et, pour échapper à la sentence du pape, les deux frères François et Antoine s'enfuient à Paris où ils trouvent un puissant protecteur et défenseur en la personne de Mazarin. Le pape publie une bulle qui prévoit de retirer les fonctions et les revenus des cardinaux  s'ils ne rentrent pas dans le giron de l'Eglise sous six mois, puis fait confisquer les propriétés des Barberini. Le parlement français et Mazarin prennent leur défense, menacent d'envoyer les troupes en terres papales et le pape doit abolir son décret.
        Les frères Barberini sont réhabilités en 1646. Ils décident de revenir s'installer en Venaissin, mais, brouillés avec le légat en fonction, ils viennent s'installer à Caromb (1647) et y vivent pendant neuf ans, à la «calotte rouge», ce manoir isolé qui appartient à  une famille noble, les du Puy. François est âgé de 50 ans alors qu’Antoine est un peu plus jeune lors de leur arrivée dans notre village.
        Après le faste des années de leur oncle, le pape, après le pouvoir et l’argent, après les contacts avec les grands de ce monde, partout en Europe, les souverains comme les artistes, ils se retrouvent sans fortune et sans revenus de l'Eglise. Peut-être aussi ont-ils besoin de se faire oublier de Rome, des états italiens et de l'Eglise.
          Ils ont cependant de quoi vivre chichement pendant quelques années.
        Ils viennent aux offices à Caromb et sont présents lorsque le père capucin Denis vient prêcher le Carême avec l'évêque de Carpentras, Monseigneur Bichi (1647).
          Ils sont souvent en visite à Carpentras où ils fréquentent le savant professeur M. Berthet [105].
          Plus tard, ils rentrent à Rome, et il semble qu'ils reprennent leurs postes au sein de l'Eglise. On retrouve :
1- en 1655, une consécration à l'épiscopat d'Antoine Barberini, né en 1607. Le prélat consécrateur est Monseigneur Scanapolo, évêque de Sidonie, assisté de Monseigneur Mottini, évêque, prélat du pape, et de Monseigneur Laurenzio Gravotti, évêque de Vintimille. Monseigneur Barberini est fait Grand Prieur de l'Ordre de Malte et Cardinal de l'Eglise Romaine. Sa consécration a lieu à Rome où il reçoit le titre et les fonctions d'évêque de Frascati. Il est nommé archevêque de Reims en 1667.
2- le 12 novembre 1668, Monseigneur Barberini consacre comme évêque coadjuteur avec droit de succession Monseigneur Charles-Maurice Le Tellier. Cette consécration a lieu dans l'église de la  Sorbonne à Paris.
        Antoine meurt en 1671 et son frère François en 1679 à 82 ans [105]. La ligne mâle des Barberini s’éteindra en 1738 et leurs biens passeront à la famille des Colonna.
        Telle fut la vie de ces habitants de Pré Fantasti et leur histoire ; passons à la légende.
       Installés en dehors du village, ces deux ex-cardinaux, déchus de leur puissance, en conflit avec la hiérarchie de l'Eglise, ont dû créer un véritable problème pour les carombais qui se sont posés bien des questions à leur sujet pendant les neuf années de présence chez nous. Visiblement ils ne discutaient pas avec les gens du village ; à peine venaient-ils à l'église pour repartir aussitôt. La fréquentation de savants (de Carpentras !) et le soutien de la royauté française, devaient laisser des questions sans réponse et devaient exciter la curiosité. Comme toujours en pareil cas, lorsque la réalité est cachée ou inconnue, l'imagination prend le dessus, surtout dans un pays où l'exagération méridionale est déjà coutumière. Le temps passant, leur histoire s'est transformée.
        Voilà ce qu'elle était devenue au début du XXe siècle :
        Ces deux frères Barberini, à Caromb, s'adonnaient volontiers à l'alchimie, voulaient transformer les métaux en or grâce à la "pierre philosophale". Cette pratique interdite tenait plus de la sorcellerie que de la science et méritait alors supplice et bûcher. Pour éviter le scandale et protéger ses neveux, le pape les expatria à Caromb, dans une résidence qui appartenait à la papauté [98].
alchimiste
Alchimiste
       Incorrigibles, ils continuèrent leur activité et l'étendirent même à la fabrication et la vente d'un élixir de longue vie, une escroquerie juteuse mais qui causa leur perte. Entre eux, l'entente se dégrada. Celui qui écoulait la marchandise soupçonna son frère de garder la majeure partie des bénéfices de leur commerce. En réponse à sa plainte, il reçut, pour toute réponse, le contenu d'une fiole de vitriol au visage. Défiguré, brûlé, il agonisa pendant des heures à proximité du manoir carombais et mourut dans d'atroces souffrances [98].
        Son frère, s'il ne fut jamais inquiété par la justice en prétextant un accident de manipulation chimique, fut obsédé par cet acte qui l'empêcha de dormir et lui fit perdre l'esprit. Il serait mort  dans cette même maison [98].
        Il va sans dire que la population carombaise se tenait à l'écart et que plus personne ne s'approcha de ce lieu.
        D'autres versions de l'histoire de Préfantasti existent et elles nous sont apportées par Jean-Claude Bréssieux [98].
  • - D'après Georges Brun (Promenades vauclusiennes) les deux frères furent exilés par Innocent X pour ramener une certaine austérité à la Cour pontificale, ce qui est vrai.
  • - Le dictionnaire Bordas indique qu'Innocent X enquêta sur leurs malversations et qu'ils s'enfuirent en France où Mazarin les défendit. On leur reprochait d'avoir utilisé les pierres des ruines romaines pour construire leur palais.
  • - André Richaud dans son roman "La Barette Rouge" situe son action à Préfantasti et décrit un cardinal persécuté par le pape.

        Hilaire Bonnaventure nous indique aussi que les portraits  de ces deux frères étaient reproduits dans une vieille édition du grand Larousse.
      Un meurtre, au début du XXe siècle, à proximité de leur résidence carombaise, amplifiera la crainte et la superstition liées à ce lieu.

        Aujourd'hui encore, chaque personne du village a vu ou entendu parlé de cette maison hantée et l'imagination enfantine l'a peuplée de fantômes. Il est vrai que cette maison isolée, cernée de végétation, dont le nom "Pré-Fantasti" ajoute aux doutes, est encore entourée de mystère.

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Tant d'espandimen de naturo pago largamen dou matrassant camin